法国世界报今天刊出该报驻中国记者佩德罗莱蒂(Brice
Pedroletti)的文章,题目叫“小小一堂中文课”。文章介绍一种奇怪的汉语表达新方式,在各种各样的动词前加前缀“被”,虽语法上是错误的,但却是中国的时髦用语,有时甚至出现在媒体标题当中。按照他的翻译解释的定义,这是一种讽刺说法,表示自己无法控制,被别人强加的被动现象。简言之,就是中国人表示自己被剥夺了权利、自由、或愿望的感觉。

被和谐
文章说,“被如何如何”的用法起始于“被和谐”。当时正值2008年北京奥运会的“和谐社会”时代,“和谐”是北京当局发起的官方口号。那时中国网民和记者们多用“被和谐”来形容他们受到新闻检查,文字被删,文章被封等情况。
被失踪
“被失踪”一词表示“被强迫消失”。最近几个月,特别是在中国政治警察发现有人在网上号召效法阿拉伯茉莉花革命之后,中国一些锋芒毕露的博客主、难对付的律师、甚至著名先锋派艺术家都尝到了“被失踪”的滋味。
被精神病
“被精神病”不比“被失踪”让人更加放心。这个词的意思是,被抓起来,关进精神病院,强迫治疗。最近一个案例是武汉钢铁厂的消防员徐武。徐武“被精神病”
事件引起很大反响。徐武因不满单位员工的工资分配不公,向法院起诉其领导,结果被强行送进精神病院,关押治疗四年。不久前,他逃出疯人院,跑到广东一家电视台,讲述他4年来地狱般的经历。不成想,采访结束后,他刚迈出电视台大门,就遭到武汉警察的绑架,再次被送进精神病院。
被上楼
“被上楼”来源于“土地治理”。由于城市扩建,拆村并居,一些农民的住房和房基地被征收,然后被迫从原居住地迁到楼房居住。而这一类的交换条件,很少有农民占到便宜。一位音译名叫郭玉华的社会学者表示:农民没办法,土地被强占,城市要扩展,农民却没人要,他们转为城市人口,得不到任何社会福利,发生什么事情也没人管。
被就业
“被就业”:中国大学生在缴纳昂贵的学费后,最担心毕业找不到工作。不过,有时他们会发现自己不知不觉地“被就业”了。2009年一名大学生在网上论坛发帖说,他的学校在他不知道的情况下,以他的名义与一个公司签订了工作合同,使他“被就业”。另一些即将毕业的大学生们则表示,校方威胁说,不管他们的毕业考试成绩如何,如果他们拿不出与一家公司签署的雇佣合同,学校就不发给毕业文件。据新京报披露,这种“被就业”现象越来越多的原因,是大学的评级标准包括毕业生的就业率。
被小康
“被小康”,则是一些地方当局要求居民申报收入时打肿脸充胖子,规定农民申报年收入不得低于8500元人民币,城市居民申报年收入不得低于16500元人民币。因为上述两个标准是中国规定的小康社会家庭收入水平。中国江苏省南通市居民就这样“被小康”了一下。
被唱红歌
“被唱红歌”,是为了庆祝中共建党90周年,强迫人们参加唱红歌运动。所有公营机构和单位,都要组织唱红歌,不管愿不愿意,员工都要参加。一位音译名叫林少华的女士写道,她不愿意参加唱红歌,是因为这让她想起文革的黑暗年代。那时佛像的头被砸毁,孔子的坟墓被破坏,更不要说,还有那些在文革中被折磨致死的人们。
在宁波,手机彩铃突然也变成了红歌,有人给电讯公司打电话抗议,并要求取消红色彩铃,得到的答复是,红彩铃是为了庆祝中共建党90周年。这位抗议者说:“他建他的党,跟我有什么关系?”对于这句话,世界报记者结论到:“智者一言已足矣”。RFI
Une drôle de tournure a fait son apparition dans la vox populi
chinoise. Elle figure même parfois dans les titres de presse. C'est
l'emploi abusif du préfixe bei, qui indique dans la langue de Lao
She la forme passive. La dernière mode est de le faire précéder
toutes sortes de verbes, qu'il est grammaticalement faux de mettre
au passif. Voire, comble des barbarismes, des noms communs. "C'est
une manière ironique de faire ressortir la passivité de l'individu
vis-à-vis d'un phénomène qu'il ne maîtrise pas et qu'on lui
impose", avance ma traductrice en quête de la définition idoine.
Bref, comme si les Chinois voulaient signaler qu'ils se sentaient
quelque peu dépossédés - de leurs droits, de leurs libertés ou de
leurs désirs.
Tout a commencé avec bei hexie, ou "se faire harmoniser" :
internautes et journalistes se sont mis à désigner ainsi la censure
qu'ils subissent à l'ère de la"société harmonieuse", le slogan
favori du régime au moment des Jeux olympiques. Une version bénigne
s'il en est, de bei shizong, ou "se faire disparaître" : des
blogueurs insolents, des avocats gênants et même un célèbre artiste
d'avant-garde en ont fait l'expérience ces derniers mois, après que
la police politique eut pris au sérieux les appels à une
"révolution de jasmin" en Chine.
Bei jingshenbing n'est pas plus rassurant : il
signifie "se faire interner dans un hôpital psychiatrique" malgré
soi. Le cas de Xu Wu, pompier chez le géant de l'acier Wuhan Steel,
dans la ville de Wuhan, a fait grand bruit il y a quelques semaines
: l'homme, qui avait entrepris de poursuivre en justice son
employeur pour des disparités inexplicables entre les salaires au
sein de son service, s'est échappé de l'asile où il avait été placé
de force. Il est allé trouver une télévision de Canton. Et a
raconté devant les caméras l'enfer qu'il avait subi pendant...
quatre ans d'internement. La police de Wuhan l'a kidnappé à la
sortie de l'émission... pour le remettre chez les
fous.
Le syndrome du bei shanglou relève de
l'aménagement du territoire : littéralement, cela signifie "se
faire mettre dans des tours d'habitation". La formule s'applique
aux paysans à qui l'on propose d'échanger leur maison et leur lopin
de terre contre un appartement dans les barres d'immeubles qui
envahissent les campagnes. L'opération permet aux autorités de
regarnir leur quota de terrains constructibles par un jeu de
passe-passe. L'échange se fait rarement dans des conditions
avantageuses pour les nouveaux urbanisés. "Les gens n'ont pas le
choix : on accapare les terres, on fait s'étendre les villes, mais
on ne veut pas des paysans. Il n'y a aucun accompagnement social et
personne ne s'occupe de ce qui advient d'eux", réagit la sociologue
Guo Yuhua.
Bei jiuye, ou "se faire trouver du travail" : les
diplômés chinois, qui angoissent à l'idée d'être sans emploi à la
sortie de leurs coûteuses études, pourraient s'en estimer heureux.
Sauf qu'il s'agit d'un leurre. En 2009, un étudiant a révélé sur un
forum que son université avait signé un contrat de travail avec une
entreprise, en son nom, sans qu'il le sache. En juin, d'autres
étudiants sur le point d'être diplômés ont révélé que leur
établissement les menaçait de ne pas leur décerner le précieux
document s'ils n'étaient en mesure de lui fournir un accord
d'embauche signé par une entreprise. Quelles que soient leurs notes
aux examens. Le Nouveau Quotidien de Pékin a titré sur ce phénomène
: la raison de cette recrudescence est due au fait que les
universités sont notées en fonction du taux d'activité de leurs
diplômés.
Bei xiaokang ou "être rendu prospère", est ce qui
arrive quand on prend des vessies pour des lanternes. Le terme
xiaokang désigne la société de "petite prospérité", dans laquelle
une majorité de citoyens vivraient confortablement. C'est
l'objectif à vingt ans de la modernisation chinoise tel qu'il a été
énoncé par l'équipe dirigeante. A Nantong, dans le Jiangsu, les
autorités ont fait mémoriser les réponses standards à des foyers
qui allaient être sondés : ne jamais déclarer un revenu moyen en
dessous des 8 500 yuans par an (920 euros) pour un paysan, et 16
500 yuans par an pour un citadin. Ainsi, foin des plus pauvres, ils
sont classés d'office comme "modérément
prospères".
Bei changhongge, ou "être forcé à chanter des
chansons rouges". L'anniversaire des 90 ans de la fondation du
Parti communiste chinois, le 1er juillet, a été précédé par une
campagne de "chants rouges" révolutionnaires : les sociétés
publiques et les danwei, les unités de travail, organisent des
chorales d'entreprise auxquelles chacun est sommé de participer.
Cela ne plaît pas à tout monde. "Après avoir vécu la Révolution
culturelle, je ne suis pas d'accord pour chanter ou être forcé à
chanter des chansons rouges. Elles me rappellent ces dix
épouvantables années noires, les têtes des bouddhas brisées, la
tombe de Confucius profanée, sans parler de tous ceux qui ont été
torturés à mort...", écrit Lin Shaohua, traducteur en chinois des
livres de l'écrivain japonais Haruki
Murakami.
A Ningbo, des usagers de téléphones portables se
sont aperçus que la musique d'attente de leur appareil, avant que
la personne ne décroche, était désormais une chanson rouge.
Certains ont protesté auprès de l'opérateur. "J'ai appelé le centre
de services pour annuler la sonnerie, raconte l'un d'eux. La
réceptionniste me répond que c'est pour le jour de la fondation du
parti... Je lui ai répondu qu'elle n'avait qu'à fonder le sien, de
parti, et que ce n'était pas mes affaires !" A bon entendeur...